Gay Pride à Tel-Aviv : "Plus on sera visible, moins ils auront peur"
Petit bout de femme disparaissant sous son immense ombrelle arc-en-ciel, Noga, souriante, distribue du « Bonne fête ! » à droite et à gauche. Elle salue ainsi ses nombreuses copines qui, comme elle, participent, en ce vendredi 23 juin, au défilé de la Gay Pride. A Tel-Aviv, la Gay Pride tient plus de la kermesse que de la manifestation politique ou du spectacle provocateur. Noga, la cinquantaine discrète, est sereine. « Je suis bien dans ma peau, je n'ai pas de problème en tant que lesbienne. Mais je connais beaucoup de gens qui n'assument pas leur homosexualité et n'osent pas se montrer en public. Ils ont honte. C'est surtout pour eux que je suis là. Plus on sera visible, moins ils auront peur », dit-elle.
D'année en année, les participants à cette manifestation, homosexuels ou non, sont de plus en plus nombreux. Pour cette dernière édition, ils sont quinze à vingt mille, soit environ le double de l'an dernier, dont une majorité de moins de trente ans. Beaucoup d'hétéros sont là par solidarité. Dror, vingt-sept ans, coiffé d'un chapeau de cow-boy, souligne les « mérites de la globalisation ». « La société israélienne devient une société normale, comme les autres, avec les mêmes problèmes », dit-il.
Pour la deuxième fois, l'événement est organisé par la municipalité de Tel-Aviv. Roni Houldaï, le nouveau maire travailliste de la plus grande ville d'Israël - 1 million d'habitants avec sa banlieue - n'a pas toujours été favorable aux gays. Mais il sait, pour avoir déjà bénéficié du soutien actif d'une partie de la communauté homosexuelle lors des élections municipales de 1998, quelle force politique elle peut représenter. Et puis, il doit compter avec l'une de ses conseillères municipales, Michal Eden, membre du Meretz, première élue en Israël à afficher ouvertement son homosexualité et bien décidée à faire évoluer les mentalités. « L'arsenal juridique israélien très progressiste est suffisant pour lutter contre les discriminations, mais beaucoup d'homosexuels ou de bisexuels n'osent pas l'utiliser, car ils se sentent rejetés par la société qui reste, elle, très conservatrice », explique Michal, ajoutant aussitôt que la culture et l'éducation sont les deux clés de l'évolution. Le spectacle de la Gay Pride a clos une semaine de conférences culturelles et pédagogiques organisées à Tel-Aviv sur le sujet. Etayé par l'étude de textes bibliques et talmudiques, un débat a réuni laïcs et religieux sur le thème « Judaïsme et homosexualité ».
A Jérusalem plus qu'ailleurs, les homosexuels restent discrets mais ils s'organisent. Depuis quinze mois, ils ont ouvert en plein centre-ville un centre d'accueil, La Maison ouverte, qui aide notamment les homosexuels haredim à assumer leur différence dans une société ultra-orthodoxe qui condamne radicalement l'homosexualité. Jerry, l'un de ses fondateurs, est venu participer à la Gay Pride de Tel-Aviv, cette ville qui reste à ses yeux un repaire d'impies, et il a tenu le stand de l'association dans le parc Hayarkon, destination finale du défilé, pour un concert inévitablement techno.